L'indemnisation d'un accident corporel ne se résume pas à une somme unique ni au remboursement des frais médicaux. Elle se construit poste par poste, selon la nomenclature Dintilhac : dépenses de santé, pertes de revenus, incidence professionnelle, tierce personne, déficit fonctionnel, souffrances endurées, préjudices esthétique et d'agrément, notamment. Chaque poste s'évalue séparément, à partir de l'expertise médicale et des justificatifs ; aucun barème ne donne à l'avance le montant total.
Depuis le rapport Dintilhac de 2005, l'indemnisation du dommage corporel s'organise autour d'une nomenclature qui distingue les préjudices patrimoniaux (économiques) et extrapatrimoniaux (personnels), temporaires (avant la consolidation) ou permanents (après). Cette nomenclature n'a pas valeur de loi, mais elle est utilisée en pratique par les juridictions et les assureurs. Le découpage compte aussi pour le recours des organismes sociaux, qui s'exerce poste par poste.
Les préjudices temporaires sont ceux subis entre l'accident et la consolidation, c'est-à-dire le moment où l'état de santé est considéré comme stabilisé.
Le déficit fonctionnel temporaire (DFT) indemnise la gêne dans la vie courante pendant cette période : hospitalisation, immobilisation, limitations. L'expert en fixe les périodes et les taux (total, puis partiel). Il est ensuite chiffré sur une base journalière, que les référentiels indicatifs et les juridictions apprécient différemment.
Les dépenses de santé restées à la charge de la victime (dépassements d'honoraires, soins non remboursés, appareillage) et les frais divers (transports, frais de garde, assistance d'un médecin-recours) sont indemnisables sur justificatifs. Conservez-les tous.
L'assistance temporaire par tierce personne est due dès lors que le besoin est établi, même si l'aide a été apportée bénévolement par un proche. La perte de gains professionnels actuels compense les revenus perdus pendant l'arrêt, déduction faite des indemnités perçues.
Après la consolidation, les séquelles définitives ouvrent droit à l'indemnisation de préjudices permanents. Le déficit fonctionnel permanent (DFP), que l'on appelait autrefois IPP, est exprimé en pourcentage par le médecin expert. Il ne correspond à aucune somme fixe : dans les référentiels indicatifs, la valeur du point augmente avec le taux et diminue avec l'âge de la victime.
Le préjudice esthétique permanent est coté par l'expert sur une échelle de 1 à 7. Le préjudice d'agrément compense l'impossibilité ou la limitation de pratiquer une activité sportive ou de loisir ; en pratique, il suppose de justifier de cette activité avant l'accident. Le préjudice sexuel et le préjudice d'établissement sont des postes distincts.
Côté patrimonial, les dépenses de santé futures, l'aménagement du logement et du véhicule, et l'assistance par tierce personne définitive sont souvent les postes les plus lourds des dossiers graves. Lorsqu'ils se répètent dans l'avenir, ils sont convertis en capital à l'aide du prix de l'euro de rente.
Les souffrances endurées (anciennement pretium doloris) désignent les souffrances physiques et psychiques éprouvées depuis l'accident jusqu'à la consolidation. L'expert les cote sur une échelle usuellement graduée de 1 à 7 :
| Cotation | Qualification usuelle |
|---|---|
| 1/7 | Très léger |
| 2/7 | Léger |
| 3/7 | Modéré |
| 4/7 | Moyen |
| 5/7 | Assez important |
| 6/7 | Important |
| 7/7 | Très important |
La cotation n'est pas convertie en somme par un barème obligatoire. Elle se discute pendant l'expertise : le médecin-conseil de l'assureur est mandaté par l'assureur, et la victime peut se faire assister de son propre médecin-recours.
Le préjudice professionnel recouvre plusieurs postes que les victimes confondent souvent.
La perte de gains professionnels actuels (PGPA) correspond aux revenus non perçus pendant l'incapacité temporaire, déduction faite des indemnités journalières et du salaire maintenu. La perte de gains professionnels futurs (PGPF) vise les revenus perdus après la consolidation, lorsque la victime ne peut pas reprendre son activité ou doit la réduire ; elle est le plus souvent capitalisée jusqu'à l'âge prévisible de la retraite.
L'incidence professionnelle (IP) indemnise les autres conséquences durables sur la vie professionnelle : pénibilité accrue, dévalorisation sur le marché du travail, reconversion, perte de chance d'évolution. C'est un poste souvent oublié dans les premières offres.
Pour les travailleurs indépendants, artisans, commerçants et professions libérales, le calcul de la perte de revenus est plus complexe et nécessite souvent l'analyse d'un expert-comptable.
La nomenclature Dintilhac, établie en 2005 par un groupe de travail présidé par Jean-Pierre Dintilhac, liste et définit les postes de préjudice indemnisables. Elle sert de trame aux rapports d'expertise, aux offres des assureurs et aux décisions de justice.
L'enjeu, dans un dossier, est de n'oublier aucun poste, de justifier chacun d'eux et de tenir compte du recours des tiers payeurs, qui s'impute poste par poste.
Maître Ilan Guedj, qui intervient dans l'indemnisation des accidents de la route et dans les accidents de la vie courante à Marseille, applique systématiquement cette nomenclature pour construire des dossiers complets qui prennent en compte chaque poste de préjudice sans en oublier un seul.
L'assureur n'est pas l'avocat de la victime : il indemnise un dommage dont il supporte la charge. Trois points méritent une attention particulière.
Une offre faite avant la consolidation est provisionnelle. Après un accident de la circulation, l'offre définitive doit intervenir dans les cinq mois suivant la date à laquelle l'assureur a été informé de la consolidation. Une transaction acceptée peut être dénoncée dans les quinze jours ; au-delà, elle règle définitivement les préjudices qu'elle indemnise, sous réserve d'une aggravation ultérieure.
Les taux retenus par l'expertise conditionnent tout le calcul. Quelques points de DFP ou un degré de souffrances endurées changent le montant de plusieurs postes. D'où l'intérêt d'être assisté pendant l'expertise.
Certains postes peuvent manquer. Incidence professionnelle, préjudice d'agrément, préjudice sexuel ou d'établissement, tierce personne : une offre se vérifie poste par poste, avant toute signature. Voir aussi faut-il accepter l'offre de l'assurance ?.
L'IPP est l'ancien nom de ce que la nomenclature Dintilhac appelle le déficit fonctionnel permanent (DFP) : un taux, fixé par le médecin expert, qui mesure les séquelles définitives après consolidation. Il ne correspond à aucune somme fixe : dans les référentiels indicatifs, la valeur du point augmente avec le taux et diminue avec l'âge de la victime. Et il n'indemnise qu'un poste parmi d'autres.
Les tiers payeurs qui ont versé des prestations du fait de l'accident (organismes sociaux, et l'employeur pour le salaire maintenu) peuvent exercer un recours contre le responsable. Ce recours s'impute poste par poste, sur les postes que ces prestations ont indemnisés. C'est pourquoi chaque poste doit être correctement évalué.
L'ITT désigne couramment la période d'incapacité qui suit l'accident, avant la consolidation ; l'IPP, les séquelles définitives qui subsistent après. La nomenclature Dintilhac parle plutôt de déficit fonctionnel temporaire (DFT) et de déficit fonctionnel permanent (DFP), qui s'indemnisent séparément.
Non. Des référentiels indicatifs existent pour certains postes, mais ils ne lient pas le juge, qui doit réparer intégralement le préjudice de chaque victime. L'indemnisation se calcule poste par poste, à partir de l'expertise médicale, des justificatifs et, pour les préjudices futurs, d'un barème de capitalisation dont le choix se discute.
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