La réponse courte est presque toujours : non, ne l'acceptez pas immédiatement. Les compagnies d'assurance sont des entreprises dont l'objectif est de verser le moins possible. Leurs premières offres sont conçues pour clore rapidement les dossiers à moindre coût. Ce guide vous explique vos droits, les délais légaux, et ce que vous risquez en acceptant trop vite.
Après un accident de la route, l'assureur du responsable est légalement tenu de vous faire une proposition d'indemnisation. Mais cette proposition peut prendre deux formes très différentes, et il est essentiel de les distinguer.
L'offre provisionnelle est une avance sur indemnisation, versée avant que votre état de santé ne soit consolidé. Elle vous permet de faire face aux dépenses immédiates (frais médicaux, perte de revenus). Accepter une provision ne ferme pas vos droits — à condition qu'elle soit expressément présentée comme provisionnelle. Ne confondez jamais une provision avec une offre définitive.
L'offre définitive est formulée après la consolidation de votre état de santé. Elle est censée couvrir l'intégralité de votre préjudice, passé et futur. C'est cette offre que vous ne devez jamais signer sans avoir obtenu l'avis d'un avocat spécialisé. Une fois acceptée, une offre définitive est une transaction au sens de l'article 2044 du Code civil : elle a autorité de chose jugée et ne peut plus être remise en cause.
L'assureur joue souvent sur la confusion entre ces deux types d'offres. Un document présenté comme un « règlement définitif et complet » peut être glissé parmi d'autres papiers administratifs. Lisez toujours attentivement le titre et les termes de tout document avant de le signer.
La Loi Badinter du 5 juillet 1985 (loi n°85-677) est le texte fondateur de l'indemnisation des victimes d'accidents de la circulation. Elle impose à l'assureur du responsable des délais stricts.
Offre provisionnelle d'indemnisation
Dans les 3 mois suivant la demande de la victime ou à compter de la date de l'accident. L'absence d'offre dans ce délai entraîne des pénalités.
Offre définitive d'indemnisation
Dans les 5 mois suivant la date à laquelle l'assureur a été informé de la consolidation de l'état de santé de la victime.
Délai de rétractation après acceptation
La victime dispose de 15 jours à compter de l'envoi de sa lettre d'acceptation pour revenir sur sa décision.
En cas de non-respect de ces délais, l'assureur est tenu de payer des intérêts de retard au double du taux légal. Ces pénalités s'appliquent de plein droit, sans qu'il soit nécessaire de saisir le juge. Votre avocat peut les facturer et les inclure dans la négociation.
Comprendrons d'abord pourquoi les assureurs sont structurellement incités à vous proposer le minimum. Une compagnie d'assurance gère des milliers de dossiers par an. Chaque économie sur une indemnisation se répercute directement sur ses résultats financiers. Ce n'est pas une question de mauvaise foi individuelle, c'est un modèle systémique.
Minoration des souffrances endurées : Le médecin-conseil de l'assurance est rémunéré par elle. Ses expertises tendent à retenir des taux de souffrances endurées plus bas que ceux retenus par des experts indépendants. La différence peut représenter plusieurs dizaines de milliers d'euros.
Omission de postes de préjudice : Les premières offres oublient régulièrement le préjudice d'agrément, l'incidence professionnelle, le préjudice esthétique permanent, ou la tierce personne définitive. Ces postes peuvent représenter une part significative de l'indemnisation totale.
Consolidation prématurée : L'assureur peut chercher à fixer la date de consolidation le plus tôt possible, avant que les séquelles définitives soient clairement établies. Une consolidation prématurée diminue mécaniquement certains postes de préjudice.
Pression psychologique : Les victimes en arrêt de travail, avec des dettes médicales ou des difficultés financières, sont plus susceptibles d'accepter une offre insuffisante pour mettre fin rapidement à leur incertitude financière. Les assureurs le savent et en tiennent compte dans leur stratégie d'offre.
Contester une offre d'indemnisation est votre droit le plus fondamental. Le processus se déroule en plusieurs étapes progressives.
La contre-offre amiable : Votre avocat adresse à l'assureur un courrier motivé détaillant poste par poste le montant que vous réclamez, en s'appuyant sur la nomenclature Dintilhac. Cette contre-offre est accompagnée des pièces justificatives (bulletins de salaire, arrêts de travail, factures médicales, rapport d'expertise). La majorité des dossiers se règlent à ce stade.
La négociation : Si l'assureur fait une contre-proposition, s'engage une phase de négociation. Votre avocat évalue les propositions en tenant compte des jurisprudences locales, des barèmes des tribunaux, et du rapport de forces. Cette phase peut durer plusieurs mois.
La procédure judiciaire : Si la négociation échoue, votre avocat saisit le tribunal judiciaire compétent. En matière de dommage corporel, c'est le tribunal du lieu de l'accident ou du domicile de la victime qui est compétent. Le juge dispose d'un pouvoir d'appréciation large pour fixer les indemnisations.
L'expertise médicale est le moment clé du dossier d'indemnisation. C'est lors de cette expertise que le médecin expert fixe les taux d'incapacité, les souffrances endurées, le préjudice esthétique, et l'ensemble des paramètres qui déterminent l'indemnisation.
Si l'expertise est organisée par l'assurance adverse, le médecin expert qu'elle désigne travaille dans son intérêt. Se présenter seul à cette expertise est une erreur fondamentale. Vous devez être assisté d'un médecin expert indépendant de votre côté, qui va :
En cas de désaccord persistant, votre avocat peut demander au juge la désignation d'un expert judiciaire indépendant, dont les conclusions s'imposeront aux deux parties. Cette démarche allonge les délais mais aboutit généralement à une expertise plus équitable.
Lorsque la négociation amiable est épuisée sans aboutir à un accord satisfaisant, le recours judiciaire devient nécessaire. Cette perspective, souvent redoutée par les victimes, est en réalité favorable dans la majorité des cas, car les tribunaux appliquent des barèmes d'indemnisation généralement plus élevés que ceux proposés par les assureurs.
La procédure judiciaire en matière de dommage corporel lié à un accident de la route commence par une assignation devant le tribunal judiciaire. Le juge peut ordonner une expertise judiciaire et, à l'issue de la procédure, fixer l'indemnisation de chaque poste de préjudice.
Les délais judiciaires varient selon les juridictions (18 à 36 mois en moyenne devant le tribunal judiciaire), mais la procédure peut être accélérée par une demande en référé pour obtenir une provision en urgence si votre situation financière l'exige.
Pour illustrer l'importance de ne pas accepter la première offre, voici des exemples représentatifs de situations rencontrées en pratique, avec les ordres de grandeur observés.
Offre initiale assurance
28 000 €
Indemnisation obtenue
87 000 €
Postes oubliés par l'assurance : incidence professionnelle, préjudice d'agrément (sport), tierce personne temporaire.
Offre initiale assurance
15 000 €
Indemnisation obtenue
54 000 €
Souffrances endurées majorées de 2/7 à 4/7, DFP réévalué, prise en compte des séquelles cognitives.
Oui, mais dans un délai très court. Selon la Loi Badinter (article L211-16 du Code des assurances), vous disposez de 15 jours à compter de l'envoi de votre lettre d'acceptation pour revenir sur votre décision. Passé ce délai, la transaction est définitive. C'est pourquoi il est impératif de consulter un avocat AVANT d'accepter.
Si l'assureur ne respecte pas les délais légaux imposés par la Loi Badinter, vous pouvez réclamer des intérêts de retard au double du taux légal. Ces pénalités sont automatiques. Un avocat peut les faire valoir lors de la négociation ou devant le juge.
Non. Si l'assureur organise une expertise médicale, vous avez le droit d'être assisté par le médecin expert de votre choix. Sans cette assistance, le rapport du médecin de l'assureur sera établi en votre absence et vous sera défavorable. Le cabinet Chiche-Cohen coordonne systématiquement l'intervention d'un médecin expert indépendant lors de toute expertise organisée par l'assurance adverse.
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