Accident de la route · EDPM · Guide 2026

Accident de trottinette électrique : quels sont vos droits ?

Piéton renversé, conducteur blessé, engin non assuré ou en libre-service : la loi Badinter protège les victimes d'accidents de trottinette, mais pas toutes de la même façon. Décryptage d'un régime souvent mal compris.

1er juillet 2026 11 min de lecture Maître Ilan Guedj

Les trottinettes électriques ont envahi nos villes — et les services d'urgence en constatent les conséquences chaque semaine. Fractures, traumatismes crâniens, polytraumatismes : les blessures peuvent être graves. Pourtant, une idée reçue persiste : « la trottinette, ce n'est pas un vrai véhicule, je ne suis pas concerné par les règles d'indemnisation des accidents de la route. » C'est faux, et cette confusion coûte cher aux victimes.

1. La trottinette électrique, un « véhicule terrestre à moteur » aux yeux de la loi

Depuis le décret n° 2019-1082 du 23 octobre 2019, la trottinette électrique appartient à la catégorie des engins de déplacement personnel motorisés (EDPM), aux côtés des gyropodes, monoroues et hoverboards. Sur le plan juridique, elle est assimilée à un véhicule terrestre à moteur (VTM).

Cette qualification a une conséquence directe et essentielle : la loi n° 85-677 du 5 juillet 1985, dite loi Badinter, s'applique à tout accident de la circulation impliquant une trottinette électrique. Que l'engin percute un piéton, entre en collision avec une voiture ou chute seul, on se trouve dans le champ du régime spécial d'indemnisation des victimes de la route.

À noter : une trottinette non motorisée (trottinette classique, sans assistance électrique) n'est pas un véhicule terrestre à moteur. Son utilisateur est traité comme un piéton. Toute la difficulté vient donc du moteur : c'est lui qui fait basculer l'engin — et son conducteur — dans un régime juridique particulier.

2. Le paradoxe : sur une trottinette, vous êtes moins protégé qu'un piéton

C'est le point le plus contre-intuitif — et le plus important. La loi Badinter ne traite pas toutes les victimes de la même façon. Elle distingue les victimes non-conductrices (piétons, passagers, cyclistes) des conducteurs de véhicules à moteur.

Votre situation Statut Badinter Protection
Piéton renversé par une trottinette Victime non-conductrice (art. 3) Réparation intégrale, sauf faute inexcusable cause exclusive (très rare)
Conducteur de la trottinette blessé Conducteur d'un VTM (art. 4) Indemnisation pouvant être limitée ou exclue par sa propre faute

Autrement dit : le jour où vous montez sur une trottinette électrique, vous quittez le statut ultra-protecteur du piéton pour rejoindre celui, plus exigeant, de l'automobiliste ou du motard. Beaucoup d'utilisateurs l'ignorent totalement — et les assureurs, eux, le savent parfaitement.

3. Trois scénarios, trois régimes d'indemnisation

① Vous êtes piéton et une trottinette vous renverse

Vous êtes une victime non-conductrice : votre indemnisation est intégrale, quel que soit votre comportement, sauf faute inexcusable ayant été la cause exclusive de l'accident (hypothèse quasi théorique). L'indemnisation est due par l'assureur de la trottinette, ou par le FGAO si l'engin n'était pas assuré ou si son conducteur a pris la fuite.

② Vous êtes sur la trottinette et une voiture vous percute

Vous êtes conducteur au sens de l'article 4. Vous avez droit à indemnisation par l'assureur du véhicule impliqué, mais votre propre faute (rouler sur le trottoir, absence de feux la nuit, deux personnes sur l'engin, franchissement d'un feu rouge) peut réduire votre indemnisation. Bonne nouvelle : depuis l'arrêt Cass. 2e civ. 19 juin 2025, cette faute doit être prouvée et avoir contribué à votre dommage corporel, pas seulement à l'accident.

③ Vous chutez seul (nid-de-poule, défaut de l'engin, obstacle)

C'est le cas le plus délicat, car il n'y a pas d'autre véhicule impliqué. Plusieurs voies existent : la responsabilité de la collectivité en cas de défaut d'entretien de la voirie, celle du fabricant ou du loueur en cas de défaut de l'engin (freins, batterie, direction), ou votre propre garantie accident de la vie (GAV) si vous en avez souscrit une. Chaque piste doit être expertisée.

4. Ce que vous pouvez faire indemniser

Comme pour tout accident corporel, l'indemnisation repose sur la nomenclature Dintilhac, qui liste l'ensemble des postes de préjudice. Une trottinette lancée à 25 km/h projette un corps sans aucune protection : les blessures sont souvent lourdes. Les principaux postes indemnisables :

  • Frais médicaux, pharmaceutiques et de rééducation (présents et futurs)
  • Pertes de revenus pendant l'arrêt de travail et incidence professionnelle
  • Déficit fonctionnel temporaire puis permanent (séquelles)
  • Souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d'agrément
  • Besoin d'aide humaine (tierce personne), aménagement du logement et du véhicule dans les cas graves

Pour comprendre en détail comment chaque poste se calcule, consultez notre article « Combien toucher après un accident corporel ? ».

5. Trottinette non assurée, libre-service, délit de fuite : le rôle du FGAO

Depuis leur classement comme véhicules à moteur, les trottinettes électriques sont soumises à une obligation d'assurance responsabilité civile. En pratique, une grande partie des engins personnels circulent pourtant sans assurance — leurs propriétaires ignorant souvent cette obligation. Circuler sans assurance expose à une amende pouvant atteindre 3 750 €, voire à la confiscation de l'engin.

Pour la victime, cela ne signifie pas l'absence d'indemnisation. Lorsque le responsable est non assuré, inconnu (délit de fuite) ou insolvable, elle peut saisir le Fonds de garantie des assurances obligatoires de dommages (FGAO). Ce fonds indemnise les préjudices corporels, puis se retourne contre le responsable pour récupérer les sommes versées.

Trottinettes en libre-service : l'opérateur souscrit en principe une assurance couvrant l'utilisateur pendant la location. Mais les conditions générales, les exclusions (usage à deux, état d'ébriété, non-respect de l'âge minimum) et la question de la responsabilité de l'engin défectueux sont sources de contentieux fréquents. Ne vous fiez pas à une réponse toute faite de l'opérateur : faites analyser votre contrat.

6. La réglementation 2026 en bref — et son impact sur votre indemnisation

Depuis leur entrée dans le code de la route, les EDPM obéissent à des règles précises. Les principales :

  • Âge minimum : 14 ans (depuis le 1er septembre 2023)
  • Vitesse limitée à 25 km/h sur la voie publique
  • Un seul utilisateur par engin ; circulation sur les pistes cyclables et la chaussée (jamais sur le trottoir, sauf autorisation locale)
  • Assurance responsabilité civile obligatoire
  • Casque non obligatoire pour les adultes en agglomération, mais fortement recommandé ; éclairage et avertisseur sonore exigés

Ces règles ne sont pas de simples formalités : en cas d'accident, l'assureur cherchera à démontrer une infraction pour réduire votre indemnisation. Mais rappelez-vous le principe posé en 2025 : la faute reprochée doit avoir contribué à votre dommage corporel. Rouler sans avoir déclaré son assurance, par exemple, n'a aucun lien causal avec la gravité d'une fracture provoquée par une voiture : cette circonstance ne peut donc pas, à elle seule, amputer votre réparation.

7. Les bons réflexes juste après un accident de trottinette

  • Appelez les secours et faites constater vos blessures dès le premier jour (certificat médical initial)
  • Identifiez le véhicule ou l'engin impliqué et son assurance ; en libre-service, notez l'opérateur, le numéro de l'engin, l'heure et le trajet
  • Recueillez les coordonnées des témoins et prenez des photos (lieux, traces, état de la chaussée)
  • Conservez tout : dépôt de plainte éventuel, certificats médicaux, arrêts de travail, factures
  • Ne signez aucune offre d'indemnisation avant l'avis d'un avocat : les premières offres sont presque toujours sous-évaluées

Notre pratique au cabinet : les dossiers de trottinette sont particulièrement piégeux, car la victime est souvent renvoyée d'un interlocuteur à l'autre (assureur de la voiture, opérateur de location, FGAO, sa propre assurance). Nous identifions le bon débiteur, écartons les arguments de faute non causale, et veillons à ce que l'expertise médicale chiffre l'intégralité des séquelles. Dans ce type d'accident, l'accompagnement d'un médecin-recours est souvent décisif.

8. Ce qu'il faut retenir

  • La trottinette électrique est un véhicule terrestre à moteur : la loi Badinter s'applique
  • Le piéton renversé est indemnisé intégralement ; le conducteur de la trottinette est moins protégé (article 4)
  • Une faute ne réduit votre indemnisation que si elle a contribué à votre dommage corporel
  • Trottinette non assurée, inconnue ou en fuite : le FGAO peut vous indemniser
  • Faites analyser votre dossier avant toute signature : le bon débiteur et le bon chiffrage font toute la différence

Questions fréquentes

Une trottinette électrique est-elle soumise à la loi Badinter ?

Oui. Depuis le décret n° 2019-1082 du 23 octobre 2019, la trottinette électrique est un engin de déplacement personnel motorisé (EDPM), juridiquement assimilé à un véhicule terrestre à moteur. La loi Badinter du 5 juillet 1985 s'applique donc à tout accident de la circulation impliquant une trottinette électrique, qu'elle heurte un piéton, une voiture ou un autre usager.

Piéton renversé par une trottinette électrique : comment être indemnisé ?

Le piéton est une victime non-conductrice au sens de l'article 3 de la loi Badinter : il a droit à la réparation intégrale de ses préjudices corporels, sauf faute inexcusable ayant été la cause exclusive de l'accident (hypothèse extrêmement rare). L'indemnisation est due par l'assureur de la trottinette, ou par le FGAO si l'engin n'est pas assuré ou si son conducteur a pris la fuite.

Conducteur de trottinette blessé par une voiture : suis-je indemnisé ?

Oui, mais avec une réserve importante : en tant que conducteur d'un EDPM, vous relevez de l'article 4 de la loi Badinter, comme un automobiliste ou un motard. Votre propre faute (rouler sur le trottoir, absence d'éclairage la nuit, circulation à deux, franchissement d'un feu rouge) peut limiter, voire exclure votre indemnisation. Toutefois, depuis l'arrêt Cass. 2e civ. 19 juin 2025, cette faute doit être prouvée et avoir contribué à votre dommage corporel, et non seulement à l'accident.

Que se passe-t-il si la trottinette n'était pas assurée ou en libre-service ?

Si le responsable n'est pas assuré, a pris la fuite ou reste inconnu, la victime peut saisir le Fonds de garantie des assurances obligatoires de dommages (FGAO), qui indemnise les préjudices corporels avant de se retourner contre le responsable. Pour les trottinettes en libre-service, l'opérateur souscrit en principe une assurance couvrant l'utilisateur ; les conditions et exclusions doivent être vérifiées au cas par cas.

Le défaut de casque ou d'assurance réduit-il mon indemnisation ?

Le port du casque n'est pas obligatoire pour un adulte en agglomération : son absence ne peut donc, à elle seule, réduire l'indemnisation, sauf à démontrer qu'elle a aggravé les blessures. Le défaut d'assurance vous expose à une amende et à un recours du FGAO, mais ne vous prive pas de votre droit à réparation en tant que victime blessée. Chaque faute reprochée doit avoir un lien causal démontré avec le dommage corporel.

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📌 À retenir

La trottinette électrique est un véhicule terrestre à moteur. Le piéton renversé est indemnisé intégralement (art. 3) ; le conducteur de l'engin relève de l'article 4 et peut voir son indemnisation réduite par sa faute — à condition qu'elle ait contribué à son dommage corporel.

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