Erreur médicale · Infection nosocomiale · Guide 2026

Infection nosocomiale : qui vous indemnise, et comment ?

Une infection nosocomiale contractée dans un établissement de santé engage la responsabilité de cet établissement sans que la victime ait à prouver une faute : il ne peut s'exonérer qu'en prouvant une cause étrangère (article L. 1142-1, I, du code de la santé publique). Lorsque l'infection entraîne une atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieure à 25 % ou le décès, la réparation relève de l'ONIAM au titre de la solidarité nationale (article L. 1142-1-1). La victime peut saisir gratuitement la commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) ou agir en justice, dans les dix ans de la consolidation.

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Une opération réussie, puis une fièvre, un germe, une reprise chirurgicale. L'infection nosocomiale est l'un des rares cas où la loi dispense la victime de prouver une faute. Encore faut-il savoir qui doit payer : l'établissement, son assureur ou l'ONIAM.

1. Qu'est-ce qu'une infection nosocomiale ?

On appelle nosocomiale une infection contractée au cours ou au décours d'une prise en charge dans un établissement de santé, alors qu'elle n'était ni présente ni en incubation à l'admission. Le code de la santé publique ne la définit pas lui-même : c'est l'expertise médicale qui établit, à partir du dossier, le caractère nosocomial de l'infection et son lien avec les séquelles.

Les situations typiques sont une infection du site opératoire, une infection sur prothèse, une septicémie sur cathéter ou une infection contractée en réanimation.

2. Une responsabilité sans faute pour l'établissement

En principe, les professionnels et établissements de santé ne répondent des conséquences de leurs actes qu'en cas de faute. Les infections nosocomiales font exception : les établissements, services et organismes de santé « sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère » (art. L. 1142-1, I, al. 2 CSP).

  • → La victime n'a pas à démontrer un manquement à l'hygiène ou une erreur du personnel.
  • → Elle doit en revanche établir que l'infection est nosocomiale et qu'elle a causé son dommage.
  • → L'établissement ne s'exonère qu'en prouvant une cause étrangère, ce que la seule origine endogène du germe ne suffit pas, en pratique, à établir.

Attention au lieu de l'infection : la règle vise les établissements, services et organismes de santé. Pour une infection contractée au cabinet d'un professionnel libéral, la responsabilité reste en principe fondée sur la faute, qu'il faut alors démontrer.

3. Établissement ou ONIAM : qui paie ?

Le débiteur dépend de la gravité des séquelles, mesurée par le taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique (AIPP) fixé par l'expert.

GravitéQui indemniseTexte
AIPP jusqu'à 25 %L'établissement de santé (en pratique, son assureur)art. L. 1142-1, I CSP
AIPP supérieure à 25 %, ou décèsL'ONIAM, au titre de la solidarité nationaleart. L. 1142-1-1, 1° CSP

Cette répartition compte dès le départ du dossier : elle détermine contre qui la demande est dirigée et, devant la CCI, qui recevra l'avis et devra formuler l'offre.

4. Deux voies : la CCI ou le tribunal

La commission de conciliation et d'indemnisation (CCI)

La procédure devant la CCI est gratuite. Pour ouvrir la voie du règlement amiable, le dommage doit atteindre un seuil de gravité (art. D. 1142-1 CSP, Service-public) :

  • → une atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieure à 24 % ;
  • → ou un arrêt des activités professionnelles d'au moins 6 mois consécutifs (ou 6 mois non consécutifs sur 12 mois) ;
  • → ou un déficit fonctionnel temporaire d'au moins 50 % pendant la même durée ;
  • → à titre exceptionnel, une inaptitude définitive à l'activité professionnelle ou des troubles particulièrement graves dans les conditions d'existence.

Sous ce seuil, la CCI ne peut proposer qu'une conciliation. Au-dessus, elle désigne un expert et rend un avis dans les six mois du dossier complet (art. L. 1142-8 CSP). L'assureur de l'établissement doit ensuite faire une offre dans les quatre mois de l'avis (art. L. 1142-14), l'ONIAM dans le même délai lorsqu'il est débiteur (art. L. 1142-17).

Le tribunal

La victime peut aussi agir directement en justice, ou le faire si l'offre est insuffisante : devant le tribunal administratif pour un hôpital public, devant le tribunal judiciaire pour une clinique privée. Le juge ordonne alors une expertise judiciaire, menée contradictoirement.

L'avis de la CCI ne lie pas le juge et une offre peut être refusée. Accepter une offre sans l'avoir fait chiffrer poste par poste, c'est souvent renoncer à des préjudices que l'expertise n'avait pas isolés (tierce personne, incidence professionnelle, frais futurs).

5. Constituer le dossier

Tout se joue sur la preuve du caractère nosocomial et sur l'étendue des séquelles. Il faut réunir sans attendre :

  • → le dossier médical complet de l'hospitalisation, que vous pouvez demander à l'établissement (comptes rendus opératoires, résultats de prélèvements, antibiogrammes, feuilles de soins) ;
  • → la chronologie précise : date d'admission, date de l'acte, premiers signes, identification du germe, reprises chirurgicales ;
  • → l'état de santé antérieur, pour éviter qu'une séquelle soit à tort attribuée à une pathologie préexistante ;
  • → les justificatifs des conséquences : arrêts de travail, pertes de revenus, aide d'un proche, frais restés à charge.

À l'expertise, être assisté d'un médecin-conseil de victimes et d'un avocat permet de discuter le caractère nosocomial, la date de consolidation et chaque taux retenu : c'est là que se fixe l'essentiel de l'indemnisation.

6. Dans quel délai agir ?

L'action se prescrit par dix ans à compter de la consolidation du dommage (art. L. 1142-28 CSP). La saisine de la CCI suspend les délais de prescription et de recours contentieux jusqu'au terme de la procédure (art. L. 1142-7). Ce délai long ne justifie pas d'attendre : les prélèvements et les souvenirs s'effacent plus vite que la prescription.

7. Ce qu'il faut retenir

  • ✓ Dans un établissement de santé, pas de faute à prouver : seule une cause étrangère exonère l'établissement
  • ✓ Au-delà de 25 % d'atteinte permanente, ou en cas de décès, c'est l'ONIAM qui indemnise
  • ✓ La CCI est gratuite mais suppose un seuil de gravité ; son avis ne lie pas le juge
  • ✓ Délai de dix ans à compter de la consolidation, suspendu par la saisine de la CCI
  • ✓ Le dossier médical complet et l'assistance à l'expertise sont décisifs

Textes et sources

Textes consultés le 24 septembre 2026. Information générale : chaque indemnisation dépend du dossier.

Questions fréquentes

Dois-je prouver une faute de l'hôpital ou de la clinique ?

Non. L'établissement est responsable des infections nosocomiales sauf s'il prouve une cause étrangère (article L. 1142-1 du code de la santé publique). Vous devez en revanche établir, par l'expertise, le caractère nosocomial de l'infection et son lien avec vos séquelles.

Quand l'ONIAM indemnise-t-il une infection nosocomiale ?

Lorsque l'infection contractée dans un établissement entraîne une atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieure à 25 %, ou le décès (article L. 1142-1-1). En dessous, c'est l'établissement, par son assureur, qui indemnise.

Puis-je saisir la CCI pour une infection nosocomiale ?

Oui, gratuitement. Le règlement amiable suppose un seuil de gravité : atteinte permanente supérieure à 24 %, ou arrêt d'activité d'au moins six mois, notamment. La CCI rend son avis dans les six mois du dossier complet ; en dessous du seuil, elle ne peut proposer qu'une conciliation.

Quel est le délai pour agir après une infection nosocomiale ?

Dix ans à compter de la consolidation du dommage (article L. 1142-28). La saisine de la CCI suspend ce délai jusqu'à la fin de la procédure.

L'infection a été contractée au cabinet d'un médecin libéral : est-ce pareil ?

Non. La responsabilité sans faute vise les établissements, services et organismes de santé. Pour un professionnel libéral exerçant en cabinet, il faut en principe démontrer une faute.

Infection après une hospitalisation ?

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À retenir

Dans un établissement, pas de faute à prouver. Au-delà de 25 % d'atteinte permanente ou en cas de décès : ONIAM. Délai : 10 ans après consolidation.

Infection nosocomiale — Faites vérifier

Une infection contractée
à l'hôpital ?

Le cabinet n'intervient que pour les victimes, jamais pour les établissements ou leurs assureurs.

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